Christelle est retournée à l'école Montessori pour observer Allan dans sa classe.
Voici le rapport détaillé qu'elle vient de m'envoyer : 
OBSERVATION A L ECOLE MONTESSORI
ALLAN AST- juin 2010
L’observation d’Allan dans sa classe a été réalisée sur une demi-journée, avec l’intervenante qui l’accompagne toute la semaine.
Allan reconnaît les personnes en arrivant dans la classe et les rituels d’arrivée. Il dit au revoir à sa maman sans aucune difficulté et part se mettre seul aux activités.
La matinée s’est, dans l’ensemble bien déroulée. Allan semblait cependant plus fatigué qu’à l’habitude, avec un rhume qui le gênait assez.
Allan prend et range le matériel qu’il souhaite faire. Il sait répondre à une consigne rituelle, comme d’aller chercher un tapis pour faire une activité au sol, et de ramener le tapis à la fin de cette même activité.
Allan regarde beaucoup les différents objets accrochés au mur et peut parfois rester figé dessus. Par exemple, un canard jaune était accroché au mur, il l’a pointé du doigt à plusieurs reprises en prononçant le mot « canard », puis est parti chercher un canard identique dans le casier d’une petite fille.
Allan peut avoir certaines rigidités de ce type : dans ces cas là, le recentrer sur un travail à faire pour lequel il porte d’habitude son attention évite que la stéréotypie soit trop envahissante.
Sur le plan du langage, Allan parle davantage au sein de la classe, ce qui n’était pas le cas il y a quelques mois. Il peut faire quelques demandes spontanées, comme la pâte à modeler par exemple à son arrivée, même si cette demande ne semble pas dirigée vers une personne en particulier, puisqu’il ne la fixe pas réellement du regard ou ne se positionne pas exactement devant elle.
L’utilisation du classeur PECS permettra à Allan de faire des demandes ciblées et de lui donner d’autres intérêts auxquels il ne penserait pas spontanément. Cela lui permettra également d’enrichir son vocabulaire.
Allan peut avoir une page spécialement pour l’école dans son classeur avec les activités proposées au sein de la classe. Tous les matins, pendant la première demi-heure, on peut définir 5 activités proposées à Allan, activités similaires à celles faites l’année précédente, pour qu’il ne se retrouve pas en difficulté. La nouvelle classe peut lui paraître grande dans un premier temps, et cibler des activités pour lui, l’aidera à trouver des repères. Ces activités peuvent être modifiées tous les matins pour ne pas qu’il reste figé sur quelques activités. De proposer toutes les activités risquent de le perdre, mais le nombre pourra bien évidemment augmenter au fur et à mesure de l’année.
L’intérêt de ce fonctionnement est de donner le réflexe à Allan de faire des activités relativement simples dans un premier temps, pour permettre la concentration.
La suite de la demi-journée peut ensuite fonctionner de manière ordinaire, où Allan pourra aller choisir les activités directement sur les étagères.
Les demandes doivent donc être travaillées le plus souvent possible. Dans le cadre de l’école, il est certain que le bruit, l’environnement, les stimuli risquent d’être un frein aux demandes spontanées. Sur de petits ateliers individuels ou en tout petit groupe, nous pourrons donc essayer de travailler les demandes (à la peinture par exemple, il peut demander telle ou telle couleur, ou pour des jeux comme le loto, il peut demander une carte, etc…)
Nous pouvons attendre d’Allan qu’il prenne certains rituels, même sur le plan du langage. Par exemple, nous pouvons définir certains types de mots qu’il devra répéter dans telles ou telles situations, ou pour tel ou tel jeu. Allan a intégré le « fini », au moment où il a fini un puzzle ou un loto par exemple.
Nous pouvons maintenant augmenter cette difficulté à « j’ai fini », et généraliser cette phrase toutes les situations achevées, comme à chaque fois qu’il doit ranger son activité. Plus il répètera une phrase, plus elle sera spontanée dans la situation adéquate par la suite.
Nous pouvons également mettre en place d’autres phrases type comme « aide-moi » quand il est en difficulté ou le « tiens ! » quand il donne un objet à quelqu’un. Pour amorcer ces phrases, faire attention à ne pas poser de questions introductrices comme « qu’est-ce qu’on dit ? » ou « tu veux de l’aide ? », au risque qu’il en devienne dépendant. Nous l’aidons en amorçant le mot/phrase qu’il doit dire : « ai… » Il sait ensuite ce qu’il doit dire dans cette situation. Au fur et à mesure, nous diminuons cette guidance verbale pour que ce soit pleinement spontané.
Allan s’est dirigé vers la peinture. Nous devons tenter de le rendre autonome sur une activité du début à la fin. Par exemple, pour l’activité peinture, il doit apprendre à d’abord mettre le tablier avant de prendre les pinceaux. Pour ce faire, toujours donner une guidance visuelle ou gestuelle plutôt que verbale. On peut par exemple l’empêcher de prendre le pinceau et lui montrer le tablier.
L’institutrice essaie d’intéresser Allan à un jeu de boîtes à sons. Au début, Allan ne semble pas intéressé puis devient de plus en plus attentif pour finalement trouver seul ce qu’il fallait faire avec cette activité.
Ceci montre à quel point Allan est devenu plus autonome par rapport à une activité donnée. Il est plus habile dans les différents travaux et cherche à en comprendre le sens, l’intérêt. Une fois qu’il a compris seul comment fonctionnait une activité, il serait bon de la répéter les jours suivants afin qu’il aille plus rapidement vers l’objectif de cette activité.
Pour les cylindres à remettre dans les bonnes « cases », il en est de même. Allan connaissait auparavant cette activité. On constate qu’il réfléchit soigneusement avant de faire des essais. C’est une très bonne stratégie d’apprentissage qu’il a pu mettre en place.
Jouer avec d’autres enfants est encore un peu difficile pour Allan. Encore une fois, les premières minutes sont difficiles pour avoir son attention, puis il arrive à se poser et à prendre parti dans le jeu. Il s’agissait d’un loto avec trois autres enfants. A la fin, il essayait de trouver les cartes appartenant à un autre des enfants pour pouvoir la lui donner dans la main. Il s’agit là encore d’une forme d’interaction sociale très adaptée.
Allan n’est pas encore pleinement dans le jeu de société ; le tour de rôle, la présence et les actions des autres enfants ne sont pas encore pris en considération. Dans un premier temps, un groupe avec un ou deux autres enfants est suffisant, pour qu’il puisse en tirer des bénéfices.
Allan semble particulièrement apprécier ce genre d’activité. Il reste très concentré, très attentif et aucune stéréotypie ne vient le parasiter dans ces moments là.
Ce sont peut être des activités à privilégier pour le recentrer lorsqu’il est un peu agité.
Ce sont là encore des moments appréciés par Allan. Il peut suivre les gestes de l’institutrice et des autres enfants. Il peut aussi tenter de chanter une des chansons qu’il connaît très bien. Le fait de se trouver en groupe ne lui pose pas de problème particulier.
Il a d’ailleurs pu généraliser un rituel mis en place à la Futuroschool pour annoncer le moment des comptines (nous tapons une fois dans les mains et une fois sur les jambes, puis de nouveau dans les mains, etc…).
Allan a fait beaucoup de progrès au sein de sa classe, que ce soit sur le plan du comportement mais également sur les apprentissages autonomes et dirigés. Il peut maintenant utiliser le langage de manière appropriée et plus fréquemment.
Pour l’année prochaine, la classe sera plus grande avec davantage d’enfants. Un temps d’adaptation autour d’activités connues sera donc nécessaire et l’utilisation du classeur PECS devra également y être généralisée.
En accord avec l’école, nous avons mentionné qu’Allan irait tous les matins en classe, avec deux accompagnatrices différentes selon les jours de la semaine. Dans un premier temps, il est bon qu’Allan fasse toutes les matinées avec une intervenante. Nous verrons par la suite comment faire évoluer ce dispositif.
GONDAT Christelle
Psychologue
Responsable de l’Unité Futuroschool-Toulouse